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Paris : les petits immeubles en passe de gagner des étages

Paris dispose d’un gros potentiel pour créer de nouveaux appartements. Dix mille petits immeubles pourraient être surélevés, selon l’Apur.

L’équation tient du casse-tête. La maire PS de Paris, Anne Hidalgo, a promis de créer 10 000 logements par an. Mais où construire alors que la capitale est déjà la ville la plus dense d’Europe avec 20 000 habitants au km 2, un taux comparable à celui de Bombay ou de Shanghai ? Eh bien, pourquoi pas sur les toits ? Alors que l’exposition « Toit sur toit »* consacrée à la surélévation d’immeubles débute ce matin à la Maison de l’architecture, cette option est clairement envisagée par la majorité, confrontée à la raréfaction des terrains à bâtir et opposée aux tours dans le centre.
La modification du plan local d’urbanisme (PLU) lancée la semaine dernière au Conseil de Paris devrait d’ailleurs faciliter sa mise en œuvre.

Il faut dire que les toits de Paris offrent un vrai gisement de mètres carrés constructibles. Selon l’Atelier d’urbanisme de Paris (Apur), il existerait 10 000 petits immeubles de deux étages qui pourraient être rehaussés. Le procédé n’a d’ailleurs rien de révolutionnaire. « Paris a toujours été contenue dans des enceintes et a dû s’étendre sur elle-même, souligne Philippe Simon, enseignant-chercheur en architecture et concepteur de l’exposition « Toit sur toit ». Entre Richelieu-Drouot et République, un immeuble sur deux a été surélevé sur une période de 150 ans. Pourtant, les grands boulevards restent harmonieux. »

Autre piste explorée par la Ville, autoriser le rehaussement des façades verticales de 31 m sur les grandes avenues, alors qu’aujourd’hui elles peuvent culminer à 25 m auxquels il faut rajouter 6 m en gradins jusqu’aux toits. Des perspectives qui inquiètent les élus parisiens, à gauche comme à droite. « Le comblement des dents creuses (NDLR : ces vides créés lorsqu’un petit immeuble est encadré par deux constructions plus hautes) doit rester exceptionnel : il faut laisser respirer la ville », a exhorté Anne Souyris, coprésidente du groupe écologiste, au moment du débat sur le PLU au Conseil de Paris. Yann Wehrling, élu MoDem, met en garde contre tout « systématisme » dans la volonté de « boucher les moindres interstices ». A l’UMP, Florence Berthout fustige « l’ultradensification » et le « bétonnage » qu’impliqueraient de telles mesures.
Adjoint à l’urbanisme, Jean-Louis Missika promet de la dentelle. « Un PLU, ce sont des cartes et des parcelles. La densification se décide site par site et la plupart du temps ne s’impose pas. » Philippe Simon fait, lui, la différence entre « densité réelle et densité perçue » soulignant que l’arrondissement le plus dense de la capitale est le XI e, avec 42 000 habitants au km 2. « Personnellement, je ne suis pas convaincu qu’il faille surélever les immeubles les plus bas, poursuit le chercheur. Les bâtiments hauts des années 1950 ou 1980, qui possèdent déjà des ascenseurs, peuvent gagner un, deux, trois étages, sans que cela se remarque. Mais là où le paysage est hétéroclite, il ne faut pas faire de l’haussmanien homogène et lisse. » Le débat ne fait donc que commencer. En quête inlassable de verdure et d’oxygène, la Ville prévoit aussi de végétaliser 100 ha de toits, façades et terrasses. L’avenir est décidément sur le toit.

*Jusqu’au 14 septembre, de 10 heures (14 heures le week-end) à 22 heures à la Maison de l’architecture en Ile-de-France, 148, rue du Faubourg-Saint-Martin (Xe). Entrée libre.